En faveur du définancement de la police au Québec

Lettre d’opinion rédigée par le Collectif révolutionnaire de Québec le 28 juillet 2021

Le Québec s’est davantage sensibilisé aux problématiques liées à la santé mentale depuis la pandémie du COVID-19 et les mesures sanitaires telles que le confinement ou encore la fermeture des gymnases. Les médias ont rapporté que la détresse psychologique a doublé chez les hommes et que la jeunesse est davantage déprimé·e et anxieuse.

Sur le terrain, ce sont les policier· ère· s qui sont généralement appelé· e· s à intervenir envers ces gens en détresse psychologique, faute de services de première ligne en santé mentale. À un point tel que la majorité des déplacements policiers au Québec ne concernent plus la criminalité, mais des problèmes d’ordre psychologique.

Nous favorisons plutôt le définancement des services de police au Québec afin que les interventions psychosociales se fassent par des intervenant.·e.s en santé mentale et non des policier· ère· s.

7 déplacements policiers sur 10 concernent la santé mentale

Bien que la criminalité ait diminué de 36% au Québec entre 2008 et 2017 et que cette baisse se maintienne selon la Sécurité publique, les déplacements policiers augmentent. Pourquoi? Parce que maintenant 7 déplacements policiers sur 10 touchent à différentes problématiques en santé mentale (détresse psychologique, idées suicidaires, schizophrénie, psychoses, etc) selon l’Union des Municipalités du Québec. On ne parle plus de crimes, mais plutôt d’enjeux psychologiques et sociaux qui nécessitent de l’intervention psychosociale. Nous argumentons que les budgets devraient s’adapter à cette nouvelle réalité.


L’intervenant·e psychosocial·e est mieux placé·e pour faire de l’intervention psychosociale

Qui est le mieux placé pour faire de l’intervention psychosociale, un· e policier· ère ou un·e intervenant·e psychosocial·e? Poser la question, c’est y répondre diraient plusieurs. Pour ceux dans le doute, nous allons survoler le rôle de chacun des métiers.

Qu’est-ce la mission de la police? La législation énonce que les corps policiers « ont pour mission de maintenir la paix, l’ordre et la sécurité publique, de prévenir et de réprimer le crime […], les infractions aux lois ou aux règlements pris par les autorités municipales et d’en rechercher les auteurs ». Il n’y aucune indication par rapport à la santé mentale ou d’intervention avec des personnes n’ayant pas commis d’infractions criminelles.

Quel est le rôle des intervenant· e· s psychosociaux·· ales? Selon le Réseau intercollégial des intervenants psychosociaux, ceux-ci ont comme mandat l’aide psychosociale. C’est-à-dire qu’iels interviennent directement auprès des personnes aux prises avec une problématique de santé mentale ou d’ordre psychosocial ou encore, vivant une détresse psychologique. 

Dans ce contexte, il est approprié d’affirmer que nous devons considérer le définancement partiel des services de police au Québec afin de financer des services de première ligne en santé mentale. Il ne fait aucun sens que les corps policiers doivent prodiguer des interventions psychologiques envers la population. Que les budgets qui couvrent concrètement tous les frais liés à l’intervention psychosociale présentement prise en charge par la police soient transférés à des services communautaires de première ligne!

«Désespoir et de l’impuissance des policiers qui ne savent plus quoi faire »

Présentement, ce sont les policier· ère· s qui passent près de la moitié de leur temps à devoir faire de l’intervention psychosociale alors que ça dépasse largement leurs compétences. Sur le terrain, les effectifs policiers sont découragés et peinent à trouver les solutions qui s’imposent, comme l’indique la Ville de Québec dans un mémoire déposé au comité consultatif sur la réalité policière.

Dans le mémoire, la Ville indique: «Il est clair que nous avons besoin d’une nouvelle voie. Les personnes vivant des problèmes de santé mentale ont besoin de soins de santé. En situation non violente, la police ne devrait pas être, par défaut, la première à intervenir, à diriger et à assurer le suivi de ce travail important ».


Il y a une reconnaissance de la Ville de Québec et par plusieurs policier· ère· s sur le terrain que l’intervention psychosociale ne fait pas partie du travail policier et que les travailleurs sociaux devraient avoir un rôle central dans ce domaine.

Le définancement de la police: une allocation rationnelle de nos ressources

Un aspect important de cet enjeu que les services de police n’abordent pas est l’utilité de leurs budgets. Considérant qu’il y a une tendance importante de baisse de la criminalité au Québec et que la majorité des déplacements policiers concernent la santé mentale, des questions s’imposent: Mais à quoi sert le financement toujours croissant de la police si le crime baisse? Est-ce que ces budgets pourraient être plus utiles si investis dans des ressources communautaires?

Nous nous attendons à ce que les paramédics soient les répondants de première ligne pour des problèmes urgents de santé physique. Nous reconnaissons qu’il serait absurde que les corps policiers remplacent les paramédics. Nous devons maintenant reconnaître la douloureuse évidence que la police ne peut pas jouer le rôle des professionnels en santé mentale. Les budgets policiers qui servent concrètement à répondre aux problématiques de santé mentale doivent être transférés aux organismes de première ligne en santé mentale pour notre bien-être collectif!

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